Structurations des Mondes Sociaux


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Mondes religieux

Animateur :

 Jean-Pierre Albert

La thématique présentée ici, inscrite dans l’axe 2 du LISST « Religion, mémoire et construction des collectifs », est plus particulièrement développée par les chercheurs et enseignants-chercheurs du Centre d’anthropologie sociale. Se voulant une contribution à l’étude des modalités de construction d’espaces sociaux plus ou moins consistants, dotés d’une certaine autonomie (qui permet de les définir comme des « mondes ») et parfois identifiables à travers la forme significative qu’ils revêtent ou tendent à diffuser dans la société globale, la proposition de recherche se décline en trois points.
 
 
1. Les formes de structuration interne des pratiques et institutions religieuses. Dans une tradition inaugurée par Max Weber avec sa typologie des rôles religieux (le prêtre, le prophète, le magicien) et prolongée par Pierre Bourdieu avec la notion de « champ religieux », on s’interrogera sur les manières dont se construisent ces rôles contrastés (et les institutions qui les portent) dans différents contextes religieux. Si certaines sociétés ont une religion instituée dominante qui assure à elle seule la quasi-totalité de l’offre de biens de salut – et donc s’ordonne en fonction des différentes sortes de demande à satisfaire –  on s’intéressera également à des situations de pluralité religieuse où les partages de rôles, styles cultuels et fonctions ne sont plus internes à une seule confession, mais distribués entre plusieurs.
 
2. Les effets socialement structurants des appartenances religieuses. Sans reprendre à leur racine les grandes théories anthropologiques et sociologiques concernant les fonctions sociales et politiques de la religion, on cherchera à saisir l’impact des offres religieuses sur la mise en place de groupes sociaux pour lesquels cette dimension de la vie tend à constituer une référence identitaire privilégiée. Il s’agira donc de travailler sur des situations, impliquant une ou plusieurs confessions, dans lesquelles une appartenance religieuse induit l’accès à des ressources inaccessibles autrement, tant sur le plan économique que politique, ou encore institue des réseaux d’interconnaissance ou de solidarité contribuant à l’affirmation de l’identité sociale des personnes. On pourra également apprécier le poids des  religiosités migrantes, en particulier dans le monde urbain, sur les identifications réciproques et les échanges sociaux qui s’opèrent au-delà des cadres du religieux institué pour produire de nouvelles formes d’appartenance et d’agrégation communautaire et intercommunautaire.
 
  
3. Enfin, ces deux hypothèses, qui dans leur principe ne sont pas spécifiques d’une seule aire culturelle ou d’un seul moment historique, seront questionnées en tenant compte des formes contemporaines de l’existence sociale des religions et du vécu religieux de leurs adeptes. Ainsi la notion de champ religieux, telle qu’elle a été élaborée par P. Bourdieu, suppose l’existence d’un pôle institutionnel consistant, doté d’une autorité reconnue par les fidèles. A l’heure du bricolage individuel des croyances et d’une quête personnelle de « spiritualité » érigée en normes de l’expérience religieuse, on peut se demander ce que deviennent les rôles naguère bien séparables du prêtre et du maître spirituel, du pourvoyeur institutionnel en biens de salut et du thaumaturge indépendant, etc. Ces effets de brouillage sont encore amplifiés par la diversité toujours plus large de l’offre religieuse dans un espace donné, et c’est là aussi un facteur qui, sans être absolument nouveau, contribue à renouveler les implications sociales du religieux. On peut songer ainsi, entre autres choses, aux effets des processus massifs de conversion dans les pays du sud (cf. le succès mondial des Eglises évangélistes et pentecôtistes) et, corrélativement, la prolifération et l’essaimage hors de leur espace d’origine de nombreuses communautés religieuses : ce dernier phénomène ayant une incidence sur les modalités d’organisation et de relation aux sociétés d’accueil des groupes concernés.
 
En dehors de cette thématique centrale, il convient de signaler l’engagement de plusieurs chercheurs sur le religieux du CAS dans le PRI qui vient de se mettre en place à l’EHESS sur le thème : « Théologie et sciences sociales ». Il s’agit là d’une question qui ouvre sur une réflexion épistémologique dont la portée dépasse le seul domaine des sciences sociales des religions et qui pourrait donc trouver sa place au sein de SMS.  
 
Ces recherches seront conduites à partir des travaux sur le religieux en cours dans l’équipe. Ils concernent principalement les trois religions du Livre, le bouddhisme, l’hindouisme, le shintô et le shugendô japonais. 
Les chercheurs ont déjà une expérience du travail en commun sur ces problèmes, à travers en particulier deux séminaires en place depuis plusieurs années déjà : 
- celui, organisé par Chantal Bordes-Benayoun (CNRS)  intitulé « Diasporas, migrations, religions » qui aborde les questions d’identifications ethnico-religieuses, les effets sur la construction des sociabilités et réseaux communautaires, les recompositions du religieux à la faveur des mobilités.
- celui qu’animent Anne Bouchy (EFEO) et Jean-Pierre Albert (EHESS) dont la thématique choisie depuis 2011 est la question de l’accès à une position de spécialiste religieux, une question directement en liaison avec celle des champs ou différenciations internes du religieux. 
 
Leur contribution au Labex pourrait se situer à deux niveaux :
- propositions d’enquêtes sur des objets empiriques bien circonscrits en relation avec les thématiques de l’axe.
- participation à la réflexion collective engagée dans le Labex chaque fois que le travail sur le religieux pourra offrir des éléments théoriques ou empiriques pertinents et s’enrichir des démarches appliquées à d’autres domaines.
 
Sur le plan des financements, une contribution serait bienvenue dans les secteurs suivants :
- missions pour des enquêtes de terrain et des recherches documentaires
- organisation de journées d’études (une par an)
- coordination entre les travaux conduits à Toulouse et ceux du PRI essentiellement parisien de l’EHESS sur le religieux
 


 

 
 

Projet de recherche

 

 

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