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Trop de temps sur le téléphone ? Évaluations ordinaires et pratiques d'auto-limitation du temps d'écran
Publié le 18 février 2026 – Mis à jour le 18 février 2026
le 12 juin 2026
14h-17h
Université Toulouse - Jean Jaurès, Olympe de Gouges, GS133Séance organisée dans le cadre du séminaire commun "Savoirs, Réseaux et Médiations" & "Usages, Techniques et Marchés" du LabEx SMS
Intervenant·es : Jean-Samuel Beuscart (Sciences Po Paris)
Passe-t-on trop de temps sur son téléphone ? Le temps passé sur mobile est à la fois une condition de la croissance de nombreux marchés de services numériques et un enjeu moral ; objectivé sous la forme de « temps d’écran », il fait l’objet de nombreuses critiques pointant ses effets néfastes sur la santé, la sociabilité, les capacités d’attention et l’envahissement des autres pratiques sociales. Dans cette recherche, à distance des discours savants, nous nous intéressons aux façons dont les utilisateurs et utilisatrices de téléphone mobile évaluent et éventuellement contrôlent leurs différentes pratiques mobiles. Notre analyse articule le concept de pratique (Shove, 2003 ; Warde, 2005) avec l’étude des ordres moraux du marché et de la consommation (Wheeler, 2019) et le champ émergent des études sur la déconnexion. À partir d’entretiens semi-directifs approfondis menés auprès d’un échantillon diversifié d’utilisateurs de téléphones mobiles (n=45), l’analyse met à jour plusieurs résultats. Nous montrons que, s’éloignant des mesures indifférenciées de temps d’écran, les personnes évaluent leurs diverses pratiques mobiles en fonction de la nature de l’activité, mais aussi de son contexte. Nous observons une forme de légitimation incertaine du plaisir de l’activité mobile comme loisir en soi, sous réserve de s’inscrire dans des contextes appropriés. Quand elle déborde de ces contextes, utilisatrices et utilisateurs s’efforcent de mettre en place une variété de tactiques d’auto-limitation, dont nous proposons une typologie. Ces résultats suggèrent un désajustement important entre d’une part la critique du temps de téléphone, appuyée sur des mesures quantitatives globales, et d’autre part l’expérience et les critiques ordinaires des utilisateurs, centrée sur le cantonnement des activités mobiles aux contextes appropriés.
Passe-t-on trop de temps sur son téléphone ? Le temps passé sur mobile est à la fois une condition de la croissance de nombreux marchés de services numériques et un enjeu moral ; objectivé sous la forme de « temps d’écran », il fait l’objet de nombreuses critiques pointant ses effets néfastes sur la santé, la sociabilité, les capacités d’attention et l’envahissement des autres pratiques sociales. Dans cette recherche, à distance des discours savants, nous nous intéressons aux façons dont les utilisateurs et utilisatrices de téléphone mobile évaluent et éventuellement contrôlent leurs différentes pratiques mobiles. Notre analyse articule le concept de pratique (Shove, 2003 ; Warde, 2005) avec l’étude des ordres moraux du marché et de la consommation (Wheeler, 2019) et le champ émergent des études sur la déconnexion. À partir d’entretiens semi-directifs approfondis menés auprès d’un échantillon diversifié d’utilisateurs de téléphones mobiles (n=45), l’analyse met à jour plusieurs résultats. Nous montrons que, s’éloignant des mesures indifférenciées de temps d’écran, les personnes évaluent leurs diverses pratiques mobiles en fonction de la nature de l’activité, mais aussi de son contexte. Nous observons une forme de légitimation incertaine du plaisir de l’activité mobile comme loisir en soi, sous réserve de s’inscrire dans des contextes appropriés. Quand elle déborde de ces contextes, utilisatrices et utilisateurs s’efforcent de mettre en place une variété de tactiques d’auto-limitation, dont nous proposons une typologie. Ces résultats suggèrent un désajustement important entre d’une part la critique du temps de téléphone, appuyée sur des mesures quantitatives globales, et d’autre part l’expérience et les critiques ordinaires des utilisateurs, centrée sur le cantonnement des activités mobiles aux contextes appropriés.